Bienvenue à la formation de sourcier du     

« beat », proposée par un des grands maîtres des baguettes, Tony Allen, avec la sortie de son album The Source chez Blue Note.

 

Pourquoi a-t-il fallu que Tony Allen, l'un créateur de l'afrobeat,  arrive à ses soixante-dix-sept printemps pour sortir cet album, qu’il qualifie lui-même de disque de sa vie ?

 

Lorsque le label Blue Note a proposé le titre de l’album, le batteur nigérien a tout de suite accepté car cela avait du sens pour lui.

 

Quoi de plus naturel alors d’interroger les sourciers, spécialistes de ce domaine, pour aborder comme il se doit ce CD ?

 

Un peu d’histoire, vers 1250 avant J.-C, Moïse cherchait déjà de l’eau dans le désert du Sinaï à l’aide de son bâton augural de sourcier. Les textes nous apprennent que cet art était connu déjà dans la plus haute Antiquité. Il est vrai que depuis l’avènement des réseaux d’eau courante, cette profession a quasiment disparu, une chasse aux sorcières a engendré la quasi-extinction de cette pratique. En 1326 le pape Jean XXII l’a condamnée, la qualifiant de pratique divinatoire ; en 1517, Luther déclare l’usage de la baguette de sourcier comme allant à l’encontre du premier commandement.

 

De nos jours, quelques sourciers persistent et résistent, car la demande de recherche pétrolière, minière et d’eau reste toujours aussi fondamentale pour l’Homo sapiens, comme le battement, rythme de base de la musique, l’est à toute expression musicale. Tony, tel les sourciers d’antan utilise également des baguettes pour le rechercher.

 

La forme et le nombre de baguettes chez les radiesthésistes dépend de l’utilisateur et de sa sensibilité, mais tous sont unanimes, les baguettes ne sont là que pour amplifier la sensibilité du sourcier, pour sentir la force de l’eau souterraine comme si elle coulait entre leurs mains.

Tony Allen, le 29 juillet 2017 au festival Marseille Jazz des Cinq Continents 2017. (Photo) Oliver Farkas.
Tony Allen, le 29 juillet 2017 au festival Marseille Jazz des Cinq Continents 2017. (Photo) Oliver Farkas.

 

Allen a la même méthodologie, lui qui entend la musique couler en lui, il écrit tous ses morceaux en commençant par la partie batterie « Tony fait partie de ces musiciens architectes, qui à partir d’un pattern de batterie, savent élaborer un thème avec une rare précision » souligne Yann Jankielewicz avec qui il travaille depuis l’album Secret Agent de 2009,  « Il entend tous les instruments avant qu’ils ne soient joués.»

Même le titre des morceaux lui est suggéré par la musique elle-même : « Vous savez, ce n'est pas tant de la réflexion que simplement de sentir les choses. C'est la musique elle-même qui me disait comment je devais l'appeler. »

Pour aller plus loin dans sa recherche, l’enregistrement de The Source est fait sur bandes, sans aucune intervention numérique, afin de donner un grain exceptionnel, comme pratiquait Art Blakey, un des mentors du batteur nigérien.

Tony a une intimité avec la musique qui est de l’ordre du sourcier et de sa baguette. 

 

Son jeu est différent  d’un morceau à l’autre, même si l’afrobeat est toujours décelable surtout dans « Bad Roads », morceau mettant en valeur le trompettiste Nicolas Giraud. Ce n’est pas toujours le cas dans « Push and Pull », où la batterie et le pupitre des cuivres peuvent jouer par moment la même partition. Le rythme peut même être nonchalant dans « Woro Dance », presque soul.

Chaque piste a un univers différent, chacun des onze musiciens se voit mis en valeur dans un des morceaux, la contrebasse de Mathias Allamagne sur « Crusin », titre rappelant les voyages faits par le batteur tout au long de sa carrière de Lagos où il est né, en passant par les USA. En souvenir de l’album Rocket Juice and The Moon de 2012 où le morceau « 1-2-3-4-5-6 »a fait croire, à tord, que l’afro beat se comptait en 6 temps, son compère Damon Albarn est invité au clavier dans « Cool Cats » afin de souligner la rythmique de Tony.

 

Pour ceux qui voudraient comprendre la rythmique afrobeat, bienvenue dans cette recherche passionnante. Il semblerait que souvent le temps fort est sur le contretemps, ce qui donne l’impression d’un décalage, mais qui ne provoque pas de chute, juste un mouvement en avant.

Le sens du mouvement est important également en sourcellerie, Thierry Gautier, le géobiologue le signale dans son livre Le guide du chercheur d'eau. D’après lui, il faut impérativement déterminer le sens de la source souterraine. Des remous sont audibles dans « Ewajo », morceau où la batterie et les cuivres engendrent une rythmique cahotante, incessante, mais qui ne cale jamais.

 

Si l’enseignement de la sourcellerie augmente la perception des ondes électromagnétiques décrites dans les manuels de radiesthésie, l’écoute de cet album améliore le ressenti du beat.

Maintenant, dire que ces battements viennent du Mississipi, du fleuve Niger ou d’une autre source, peut-être n’est-ce pas fondamental.
Le résultat est que ce beat est celui indispensable à la vie et à la création, car par ce beat « Life Is Beautiful ».

 

Tony Allen : batterie - Yann Jankielewicz : saxophone soprano – Jean Jacques Elangué : saxophone ténor- Remi Sciuto : saxophones alto et baryton, flûte - Mathias Allamane : contrebasse - Indy Dibong : guitare - Nicolas Giraud : trompette, bugle - Daniel Zimmermann : trombone, tuba  - Jean-Philippe Dary : claviers - Damon Albarn : piano   « Cool Cats » - Vincent Taurelle : clavinet « Life is Beautifull ».

Blue Note / Universal

 

Jean-Constantin COLLETTO. (Photos) Olivier Farkas.

 

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