Le saxophoniste, le contrebassiste, le pianiste et le batteur dans des histoires morriconiennes.

 

Il est des sorties d’album qui rendent toute tentative d’écriture de chronique difficile, tant la qualité des mélodies est exceptionnelle, tant le niveau musical et technique des musiciens est de haut niveau: c’est le cas de Morricone Stories. 

 

Le maître italien Ennio Morricone est considéré comme un des meilleurs compositeurs de musique de film, avec plus de cinq cents musiques de cinéma et de télévision, mais aussi des musiques pour la chanson, la musique de chambre et bien d’autres styles.

 

Quand aux musiciens, le dossier de presse les présente comme un groupe de choc: il est vrai que ce sont des poids lourds du jazz.

 

Aussi qu’est-ce qu’une chronique peut apporter à ce projet? Écrire et annoncer qu’il fait partie des meilleures sorties de l’année 2021 et que le quartet sera présent sur les scènes de la plupart des festivals de l’été ? Peu d’intérêt d’annoncer une telle évidence.

 

 

En mal d’inspiration, peut-être que visionner les films dont le quartet joue les musiques pourrait aider à passer le stade de la page blanche ?

 

Si l’inspiration n’apparaît  pas, le plaisir de voir ses chefs d’œuvres délectable est inestimable.

 

Une écoute rapide de l’album porte le choix des films vers “Peur sur la ville d’Henri Verneuil”, une merveille d’intrigue et d’action où la musique  du maître italien soutient le suspense, ce qui est respecté par l’arrangement jazz du quartet. L’introduction, sur un rythme plus rapide que la version originale, est menée par André Ceccarelli et soutenue par Daniele Sorrentino, puis rejoint par les trilles de Stefano Di Battista qui insuffle le stress ambiant du film.

Le saxophoniste confie qu’Ennio Morricone avait toujours eu peur que le jazz modifie trop sa musique, “de son vivant Morricone était attiré par les jazzmen mais avait peur que les jazzmen touchent sa musique”. Les deux musiciens étaient proches preuve en est “Flora” écrit par Ennio Morricone et dédié à la fille de Stefano Di Battista. Cette très mélodieuse balade jouée sur le présent album, dont la mélodie jouée au saxophone soprano sur des notes égrenées par Frédéric Nardin invite l’auditeur à une méditation onirique.

 

Le coup de cœur est «The Good, the Bad and the Ugly", une fresque de l'histoire de l'ouest américain, ce film cloture la  triologie du dollar du réalisateur Sergio Leone. L'apport de la musique n'a jamais autant servi le cinéma. La complicité du réalisateur et du compositeur est résumée par deux citations de Sergio Leone "Je peux dire que si j’ai créé un nouveau type de western, en imaginant des personnages picaresques dans des situations épiques, c’est la musique d’Ennio Morricone qui les a fait parler » et

 

"C’est plus qu’un compositeur pour moi. Je n’aime pas du tout les mots dans les films, j’espère toujours faire un film muet, et la musique se substitue aux mots, alors on peut dire que Morricone est l’un de mes meilleurs scénaristes".

 

 

 La vision des films dont le quartet joue les musiques permet d'imaginer que si Sergio Leonne et Ennio Morricone étaient toujours de ce monde, ils auraient inévitablement enrichi la triologie du dollar par un nouveau film "Le saxophoniste, le contrebassiste, le pianiste et le batteur". La raison est simple : "Pour une poignée de dollars"  Clint Eastwood le héros est seul, et "pour quelques dollars de plus"  les héros sont deux, dans "Le Bon le brute et le truand" ils sont trois, donc quoi de plus naturel pour le présent projet -un quartet- que d'imaginer un nouveau film?

L'avenir nous dira si ce projet inspire des cinéastes, pour l'instant l'écoute de l'album et des films dont les musiques sont reprises par le quartet permet de confirmer que le toucher jazz de Stefano Di Battista fait disparaître toutes les craintes du maître. 

 

 

Morricone Stories un album indispensable pour tous les cinéphiles et

les mélomanes.

 

Musiciens :

Stefano Di Battista : saxophones alto et soprano - André Ceccarelli: batterie - Frédéric Nardin : piano- Daniele Sorrentino : contrebasse. 

Label : Warner Music Germany / France / sortie le 2 avril 2021.  

Enregistré du 6 au 10 octobre 2020 au studio Ferber à Paris.

 

 

Jean-Constantin Colletto.

 

 

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