Félicité et confinement.

 

L’histoire de l’humanité porte les marques de plusieurs pandémies, une des plus meurtrière, la peste noire est la première crise sanitaire bien décrite par les chroniqueurs contemporains avec vingt-cinq millions de victimes en cinq ans de 1347 à 1352.

 

Ces derniers rapportent qu’au début du XIVème siècle, aucun règlement d’hygiène publique n’existe, les moyens thérapeutiques sont des plus divers, remèdes externes, remèdes internes, religieux, magiques... Il faut attendre 1464 pour voir l’adoption du premier isolement préventif, en Provence à Brignoles, avec l’apparition du “billet de santé” et la mise en place des “règlements de peste” ajustés et précisés à chaque épidémie.
Ce n’est qu’au début du XVIIIème siècle que les quarantaines deviennent la responsabilité des gouvernements.

 

Ce petit rappel historique permet de mieux comprendre le confinement du Covid-19, pandémie considérée début avril 2020 par l'ONU, comme la pire crise affrontée par l'humanité depuis 1945.

 

S’il est vrai qu’il existe une grande différence entre savoir et comprendre, il en est une bien plus grande encore entre comprendre et accepter.
Comment accepter cette obligation de confinement, même si sa nécessité est d’une évidence indéniable ?

Shama Rahman@BabelSound
Shama Rahman@BabelSound

La chaîne de télévision française d'information internationale en continu, France 24, propose une solution “Coronavirus : pendant le confinement, la bulle d'oxygène des arts”. Le web regorge, pour la santé de tous de concerts, spectacles, visites virtuelles de musée, orchestres à distance, cours de danse… 

“Le confinement pour protéger les populations du Covid-19 ouvre des fenêtres sur le monde de l’art.”

 

 

Au milieu de toutes ces belles propositions artistiques indispensables à l’homo domus pour supporter son isolement, apparaît l’album Let The Light In de Shama Rahman and Friends, titre inspiré du morceau "Anthem" écrit par Léonard Cohen en 1992. Pour ceux qui ne se souviennent des paroles du poète, le morceau finit par “Une fissure est en toute chose, C'est ainsi qu'entre la lumière.”

 

Le dossier de presse du présent CD est de la même veine. “Un des thèmes généraux de l'album est le passage de l'obscurité à la lumière. L'idée derrière est que ce n'est que pendant les périodes sombres, où les choses se dégradent, que vous apercevez ces fêlures. C'est là que vous pouvez apprendre d'elles (…) ce n'est qu'à travers ces fissures que vous pouvez voir les lumières” explique l'artiste.

 

Le confinement étant perçu comme une période sombre, cet opus semble tomber à point.

 

Pour amener l’auditeur à appréhender ses fissures, Shama Rahman utilise un mélange inédit, du “pop baroque”, un cocktail de musique bangladaise, jazz, musique urbaine et musique du monde. “Shundhor”, inspiré d'une chanson folklorique du Bangladesh, permet d’apprécier l’introduction du duo sitar traditionnel et violon, le doux chant et harmonieux de Shama Rahman nous emmène dans des sonorités nostalgiques qui touchent l’émotion de l’auditeur. Est-ce les premiers signes de fêlure?

 

Les sonorités du sitar, instrument mystique traditionnel, entraînent vers des paysages sonores peu visités. Un de ses  enseignants en maihar gharana (style de musique classique indienne), Ravi Shankar, a beaucoup travaillé avec différents artistes : Beatles, John Coltrane, Rolling Stones, Yehudi Menuhin...
Le présent album présente une musique nouvelle, des tonalités inédites, jusqu’alors jamais entendues, où chaque élément stylistique de musiques différentes ne font plus qu’un.
“Blood Moon” de forme blues “fait référence au fossé entre les décideurs et les personnes pour lesquelles ils prennent des décisions”, alors que “Ch*N Ch*N” sur une rythmique entraînante rappelle “le son que font les bracelets de cheville lorsqu'une femme marche en allant au “mela” (festival) pour danser”, où le très beau solo de Rachel Bartlett célèbre joie et liberté.

 

Avec Let The Light In, Shama Rhaman and Friends exposent leurs propres fêlures, diffusent leurs propres lumières pour rencontrer celles des autres, auditeurs ou spectateurs.   

 

Un moment de félicité pour tous!

 

Musiciens :

Shama Rahman : chant, sitar, synthétiseurs, compositions - Daniel Abad : basse (5, 7) - Djordje Mijuskovic : violon (5, 7) - Szlama Laci : koboz (4) -  Maria Keck : chant (4) - Véronique Delmelle : saxophone baryton (4) - Luati Gonzalez : batterie, percussions (5, 7) - Christophe Lane : guitare (1, 2, 3, 4, 6, 8 ) - Rachel Bartlett : saxophone flûte  (1, 2, 3, 4, 6) - Inga Eichler : bass (1, 2, 3, 8) - Tilé Gichigi-Liperé : électroniques (1, 2, 8) - Will Edwars : batterie (2, 3, 6, 8).

 

Label : NarRator Records / Distributeur Emil Biljarski /Sortie le 1er Mars 2020.

 

 

Jean-Constantin Colletto.

 

 

 

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