"Saut quantique" musical avec le nouvel album de Sayag Jazz Machine.

 

Depuis le Vème siècle, le début février est marqué par la chandeleur, pratique qui prend ses racines avec le culte de l’ours célébré de l’antiquité au Moyen âge (cette période de l’année correspondant à la sortie d’hibernation de l’ours).

 

Cette année, c’est avec Quantic Jumping, que la fin de la léthargie hivernale se produit, s’extraire par un saut semble logique.   

 

Mais de quelle logique s’agit-il ? 

 

 

 

La première ligne du dossier de présentation de l’album destiné aux médias aiguille le lecteur : “Le saut quantique est, dans un atome, le passage d’un électron d’un état d’énergie donné, à un état d’une autre énergie”. Il s’agit donc de logique quantique, en accord avec les postulats de la mécanique quantique.

Ecrire une chronique musicale selon les concepts de physique quantique est une sacrée gageure, que la citation du physicien Richard Feynman freine immédiatement :

"Si vous croyez comprendre la mécanique quantique, c’est que vous ne la comprenez pas".

 

Tout en approfondissant ces recherches de physique, l’écoute des douze pistes de Quantic Jumping confronte l’auditeur devant la difficulté de classification : musique de film, hip-hop, musique classique, reggae, jazz ...
Le groupe définit son style par "une jungle jazz aux influences multiples et imagées", un rappel au "Jungle style" ou "Jungle music", style de jazz créé par Duke Ellington dans les années 1920, cette musique évoquant une jungle imaginaire avec des cris des animaux confrontés à ceux des grandes métropoles modernes.

La pochette de l’album dépeint bien cette ambiance de savane futuriste sur des bâches rayées avec des éléphants, qui barrissent au milieu d’alarme et de bandes sonores dans  "Intro (Mais)".

 

Le choix du titre de leur nouvel CD ne semble pas être la seule originalité du groupe, "le nom du groupe fait surtout référence aux dancehalls américains des années 30-40, où les groupes de jazz jouaient toute la nuit pour un dance-floor bourré à craquer". 

Les vidéos qui présentent des concerts de Sayag Jazz Machine correspondent bien à l’ambiance des dancehalls où, au grand plaisir des spectateurs-danseurs, les musiciens partent sur un thème et tout au long du morceau changent de rythmique et de style. Sur "Mambo T", le morceau commence sur une bande sonore de radio, puis des percussions traditionnelles et électroniques lancent une cadence qui emmène l’auditeur vers des riffs de cuivres, jusqu’à une ambiance Amérique du Sud qui en explique peut-être le titre.

 

 

Dans "Grateflesh", morceau coup de cœur de l’album, Daoud et son très beau timbre de voix incite les peuples du monde à se réveiller, à se sensibiliser, à voir tous les signes, à ne plus s’incliner en pleurant comme la terre mère “How long before the true awakening, Awareness Peoples of the world, Be ready to face the time has come to wake up .... it is more than ever time, To see all the signs, Meanwhile people cry meanwhile mother earth cry Verse, Never never”. Manuel Gablain joue un très aérien solo de trompette ouverte et bouchée, sur une rythmique reggae électronique qui semble annoncer le début et l’espoir d’un nouveau monde pour ainsi passer d’un état d’énergie donné à un état d’une autre énergie, comme avec “Le saut quantique ”.

 

En conclusion, une confidence du groupe sur le choix de leur nom : "Sayag signifie également joaillier en arabe littéral et c'est un peu une blague entre nous".  Après plusieurs écoutes de Quantic Jumping, on peut affirmer que cet album est un bijou musical original, taillé dans l’éclectisme de l’ensemble de ses membres.

 

 

 

Musiciens :

Chris Vermand : Machines - Niko Scheid : Saxophones, flûtes, clarinettes - Charly Amadou Sy : Scratches - Charles Kieny : Accordéons, synthétiseurs - Edash Quata : Voix.

 

Invités :

Daoud : Voix (2, 12) - Manuel Gablain : Trompette (2, 4, 11, 12) - Conquering Lion : voix (3) - Sébastien Orzan : trombone (4) - Pierre-Yves Le Jeune : contrebasse (4, 5,10) - Cédric Chatelin : hautbois (5) - Thomas Dubos : bason (5) - Julien Bonnard : trompette, trombone, batterie (5, 6) - Hélène Sonnet : flûte (6) - Eric Proud : accordéon (7, 11) -Jeff Grobas : vibraphone (7) - Abdel Mouahid : voix (8) - Osloob : voix (8) - Bruno Texier : saxophone basse (9) - Nicolas Auriault : trompette (10) - Emmanuel Vergnau : tuba (11) - 

 

 

Label 10h10/Distribution Sony Music Entertainment.

Sortie le 7 février 2020.

 

 

Jean-Constantin Colletto.

 

 

 

Pour aller plus loin, vous pouvez acheter l'album sur 10h10.