Philosophie, musique et virus : Friedrich Nietzsche, Noël Akchoté et Covid-19. 

 

Les fêtes de fin d’année sont depuis longtemps le moment d’échange de présents entre amis et parents.
Décembre, mois des préparatifs, voit en 2019 une invitée inattendue, une épidémie de pneumonies d'allure virale d'étiologie inconnue  dans la ville de Wuhan (province de Hubei, Chine).

 

Devant la somme d’informations quotidiennes données par les médias, cela semble être "un petit machin" comme le définit le talentueux écrivain tchadien Moustapha Dahleb dans son article "L'humanité ébranlée et la société effondrée par un petit machin" publié dans Mediapart le 22 mars 2020.

 

 

Janvier, mois des traditionnels vœux, change la tradition pour 2020, avec l’annonce par les autorités sanitaires chinoises et l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), de la découverte d’un nouveau coronavirus responsable d’une nouvelle maladie infectieuse respiratoire nommée Covid-19.

En trois mois seulement, cette nouvelle pathologie confine trois milliards d’humains sur terre afin d’arrêter sa progression.
Subitement la société est stoppée, la production figée et l’économie immobilisée. 

Le seul mot d’ordre est d’attendre et de rester confiné, engendrant immobilité et inactivité dans un monde trop souvent rapide et débordant d’activités, aujourd’hui pour la plupart défendues.

Peur, angoisse et abattement surviennent chez les humains, l’incertitude sur le futur est permanente, les certitudes prônées depuis plusieurs décennies par les dirigeants de nos sociétés ayant disparues.

 

Devant cette pandémie, vient en écho l’aphorisme de Nietzsche :

"Ce n’est pas le doute, c’est la certitude qui rend fou".

 

L’incertitude liée au Covid-19 rend fou et le philosophe certifie le contraire !

Mais pourquoi ne pas essayer de comprendre sa pensée par l’écoute de sa musique ? 

Il est peu courant d’aborder ce grand homme par ce versant de son talent, même si la musique lui doit la célèbre phrase "La vie sans musique est tout simplement une erreur, une fatigue, un exil".

 

La sortie le 1er mai 2019 de Friedrich Nietzsche - Hymnus an das Leben (1882) (For Dobro), par Noël Akchoté est l’occasion d’en apprendre plus.

 

 

Le prolifique guitariste a pour habitude d’être très éclectique dans ses choix de reprises, (jazz, classique, pop, reggae...). Aussi, rien de surprenant qu’il s’essaye à jouer du Nietzsche. Mais quelles sont les raisons de son choix ?

 

NA (Noël Akchoté) : Nietzsche, c'est très étonnant. D'habitude, tout le monde pense sa musique naïve et sans intérêt. Moi, pas du tout, d'abord sa musique est exactement comme ses écrits, mais presque en mieux.

 

JCC (Jean-Constantin Colletto) : Voulez-vous préciser ? 

NA : Chez Nietzsche, il y a un musicien amateur qui cherche ... à trifouiller l'atome. Je pense qu'un jour, on s'en rendra compte et qu’on le verra tout autrement, comme Gesualdo qui, pendant trois siècles, a été pris pour un dégénéré. 

 

JCC : Quel est la particularité de sa musique ? 

 

NA : La rigueur la plus stricte. Il y a un effet spirituel étonnant, quand on la joue, il se passe quelque chose.

 

JCC : Est-ce difficile à jouer ?

 

NA : Non, c'est de niveau moyen-débutant. Sa musique est facile à lire. C'est ce qu'il y met dedans quand on lit sa musique, on trouve tout autre chose, on a une prise directe, 

ça devient des faits, c'est palpable.

 

Cet échange permet de mieux comprendre "Ce n’est pas le doute, c’est la certitude qui rend fou", pour Nietzsche la force de vie est générée par le doute et l’incertitude, qui ne laissent pas le temps de se reposer sur les acquis et les certitudes. 

 

Cette compréhension pousse alors la fantaisie d’imaginer ce que la philosophe musicien pourrait dire du Covid-19, la question est posée à Noël Akchoté qui répond :

"Prends garde à ne pas faire ressembler ton repos et ta contemplation à ceux du chien devant l'étal d'un boucher. La peur ne lui permet pas d'avancer, le désir l'empêche de reculer, et il ouvre de grands yeux qui ressemblent à une gueule béante. Humain, trop humain" de Friedrich Wilhelm Nietzsche.

 

La société s’est pendant trop longtemps reposée sur des certitudes, la crise actuelle en montre les limites, l’incertitude qui apparaît engendre et engendrera des questions fondamentales sur le sens de l’existence au 21ème siècle.

Il est à souhaiter que cette crise mobilisera l’humain à être acteur de sa vie et ne plus être comme le chien devant l’étal du boucher et correspondant plus à un autre aphorisme de Friedrich Nietzsche dans Ecce Homo :

 

"Deviens ce que tu es. Fais ce que toi seul peut faire".

 

 

Musicien : Noël Akchoté : guitare dobro et arrangements. Composé en 1882 par Friedrich Nietzsche.
Autoproduction / sortie le 1er mai 2019. Enregistré le 1er mai 2019 à Saint-Gildas de Rhuys (France).

 

Pour aller plus loin, vous pouvez écouter et acheter l'album sur Bandcamp.

 

Jean-Constantin Colletto.