La chanteuse prêtresse vaudou Moonlight Benjamin, défenderesse de la culture haïtienne nous invite à en découvrir l’identité, avec son album Siltane dans le style Rasin.

 

L’invitation en terrain haïtien est initiée par «Memwa’n» le premier morceau de l’album : «mémoire» en créole haïtien.
Ce thème, cher à la chanteuse, a déjà été abordé en 2013 dans son album Memwa’n Defalke «Mémoire Déviée», mais c’est aujourd’hui sur un rythme plus rock, plus agressif qu’il y a cinq ans que le quintet aborde ce sujet. 

 

 

 

Un bref récapitulatif de l’histoire d’Haïti rappelle le débarquement sur l’île en 1492 des Européens avec Christophe Colomb. Quelques années plus tard, Charles Quint autorise la traite des africains. En 1650-1660 débarquent les premiers colons français.

 

Le message rock utilisé dans l’éponyme «Siltane» rappelle la révolution haïtienne, qui est la première révolte d’esclaves réussie du monde moderne  en 1791, preuve de la force et de la détermination du peuple haïtien. Pour information, cette insurrection établira en 1804 «Haïti» comme la première république noire libre du monde succédant à la colonie française de Saint-Domingue.

Même si une république est établie, les coups d’état se succèdent avec des dirigeants plus ou moins honnêtes. S’ajoute à cette histoire tumultueuse de nombreux cyclones et tremblements de terre, dont le dernier en 2010 a probablement fait cent mille morts.

 

Comment un peuple peut il survivre à toutes ces catastrophes ?

 

La réponse à cette question est donnée en partie par Kinoss Dossou, président du Festival Vodoun, qui introduit l’édition 2017 du festival à l’Atomium de Bruxelles par : «Un pays sans culture ne doit pas exister et n’existe pas».

 

La composante essentielle de la culture haïtienne est le vaudou, voilà un terme à définir.

Moonlight Benjamin qualifie le vaudou comme culture de la résistance. Dans le monde occidental, ce terme n’a pas bonne réputation, souvent synonyme de zombies et de poupées.

 

L’écoute de ce CD est l’occasion d’aller plus loin dans la découverte de ce monde culturel.

Le vaudou, originaire du Bénin, a été importé en Haïti par les esclaves béninois pour travailler dans les plantations de sucre et de café. Déracinés et vendus, les Africains reconstituèrent leurs cultes, ils masquèrent leurs loas sous des images et des dessins appelés vévés (les loas ou lwas sont synonymes d’esprits, mystères, invisibles). Le maquillage symbolique de Moonlight sur scène et sur la pochette de Siltane en est un exemple.

Nos recherches nous apprennent que cette pratique est construite sur une cosmogonie hiérarchisée et rationnelle, lui donnant les caractères d'une religion structurée qui possède trois dimensions : une spirituelle, une initiatique et une culturelle.

 

C’est sur ce dernier aspect que la chanteuse nous invite en créole haïtien et en français à découvrir des textes de poètes de son pays, comme Frankétienne, Georges Castera ou Anthony Lespès.

«J’avais un désir de musique et après quelques années dans un orphelinat protestant, j’ai ressenti le besoin d’aller à la rencontre de ma culture originelle. La pratique du chant à l’église ne me suffisait plus. Je me sentais éloignée de ma culture et il me fallait me confronter, rencontrer la force de la terre, la force de mon pays, cette force séculaire qui fait Haïti.»

La chanteuse commence par une allusion au vaudou en nommant son deuxième morceau «Papa Legda», loa invité traditionnellement en premier dans les rites vaudou et c’est dans une ambiance blues que Benjamin évoque cette identité.

Une seconde entité vaudou est présentée dans cet album : «Mèt agwe» le patron des pêcheurs et de ceux qui voyagent en mer, esprit important pour des insulaires. 

A la première écoute, l’album semble être de style rock-blues, où se loge la culture vaudou ? 

Le dossier de presse de son CD Mouvman sorti en 2011 explique : «Le Vaudou : au commencement de toute chose, il y a le rythme. Le rythme, première puissance du monde, qui s'éveille et passe à travers soi quand grondent les tambours, tournoient les danseurs. Le rythme par lequel communiquent les hommes et les dieux naît le sens, le rythme, par lequel les esprits descendent dans les humains, prennent possession d'eux, les libèrent et les protègent. Dans le grondement des tambours s'éveillent les loas (les esprits), qui par la danse et le rythme chevauchent les hommes, parce qu'ils sont avant tout des dieux danseurs... »

 

Sans faire une analyse précise des rythmes vaudous représentés tout le long de l’album, une écoute attentionnée  des différents motifs présents dans Siltane amène une découverte de rythmes obsédants, originaux, invitant à la transe. 

Ces rythmes ne sont-ils pas les lieux sonores où s’expriment les loas, comme les vévés sont les symboles graphiques des lieux de passage des esprits (loas)? 

 

Si après l’écoute de Siltane, la culture haïtienne reste toujours une énigme pour vous, n'ayez crainte Moonlight Benjamin est déterminée, elle n'arrêtera pas là sa mission de faire connaitre l'histoire de son peuple avec d'autres albums. Et nous séduits et touchés par son univers et sa ténacité, nous serons là pour la suivre et vous les présenter.

 

Moonlight Benjamin : chant - Matthis Pascaud : guitares - Mark Richard Mirand : basse - Claude Saturne : percussions - Bertrand Noël : batterie.

MaCase Prod / Socadisc.

 

Jean-Constantin COLLETTO.

 

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