Mohamed Ali, boxeur ou poète ?

 

C’est avec «Mise à Mot» que le groupe Minuit 10 met en musique le texte «Freedom-Better Now» du célèbre sportif.

Le quartet de jazz-fusion a dévoilé le 12 avril 2019 leur premier album Les Enfants de l’Amour.
Cet opus est composé de neuf morceaux made in Minuit 10 et de deux reprises, dont «Mise à Mot», sujet de la chronique de ce jour.

 

Comment un groupe des années 2009 s’est-il trouvé à mettre des sons sur les mots du plus grand sportif du 20ème siècle ?

 

Lors d’une interview accordée par le groupe le jeudi 25 avril 2019 avant le concert de sortie d’album, Sylvain Rouviere, musicien-compositeur du quartet répond à la question:  

«Le morceau «Mise à Mot» est de mon initiative, la partie musicale correspond à une composition que j’ai faite pour un concours pendant mes études musicales. Je cherchais depuis longtemps un texte parlé. J’ai trouvé le poème écrit par Mohamed Ali pour les victimes afro-américaines du massacre de la prison d’Attica en 1971. La bande-son originale que nous avons utilisée est de 1972, lors d’une interview du boxeur par Cathal O’Shannon. Le débit et la musicalité de Mohamed Ali nous ont immédiatement séduits. Ce soir, nous en proposerons une version inédite».

 

 

Le musicien parle de version inédite, puisqu’en 2017 au Caval’Air Jazz Festival, le groupe avait déjà joué en live le morceau avec une orchestration différente de celle proposée dans Les Enfants de l’Amour, dans l’enregistrement, la piste dure uniquement le temps du récit de Mohamed Ali. Sur scène, le 25 avril, la composition dépassera les six minutes, avec un remarquable solo de Matis Regnault, rappelant par son jeu et sa présence Charlie Mingus.

L’illustre bassiste a, lui aussi, en 1958 dans son album Goodbye Pork Pie Hat, rendu hommage à la mutinerie du centre correctionnel de l’état de New York, avec sa composition «Remember Rockefeller at Attica».

 

Cet événement est désigné comme le plus important massacre aux USA depuis la guerre de sécession.

Pendant quatre jours, plus de mille mutins ayant quarante deux otages négocient avec une équipe de médiateurs dont le rédacteur du New York Times, Tom Wicker. Malgré les transactions, le conflit se termine par la prise d’assaut de la prison par cinq cents militaires, bilan trente neuf morts et de nombreux blessés.

 

Le boxeur, par son texte, continue son combat hors du ring pour les droits des afro-américains. Il revendique le fait de mourir pour la liberté... «To die fighting to be free, What more fitting end could be».

 

 

La force des paroles de Mohamed Ali sont mises en valeur par l’orchestration de Minuit 10, avec une prépondérance rythmique où tous les temps marqués à la grosse caisse par Etienne Rouviere soulignent la gravité de la situation. La ligne mélodique jouée à la guitare par Sylvain Rouviere magnifie le courage de ses guerriers de l’équité.

 

Une telle fresque historique oblige à définir le rôle de chacun : être un passeur, un informateur, chacun avec ses outils et son langage, qu’il soit musical pour Minuit 10, écrit pour notre chronique, ou sportif pour Mohamed Ali, pour avoir une intelligibilité de notre monde.

 

 

Musiciens :

Thibaud Rouviere :guitare, voix - Sylvain Rouviere : guitare, clavier, voix - Matis Regnault : basse, contrebasse, voix - Etienne Rouviere : batterie, clavier, pad électronique, voix.

 

Invités :

Morgane Cadre (4, 5, 6) : voix ) - Nina Gat (4,5) :piano et logo- Louis Genoud (10) trompette.

 

Jean-Constantin Colletto.

 

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