Tel Le Prophète de l’artiste libanais Khalil Gibran, Mélanie De Biasio délivre des messages universels avec Lilies son quatrième album.

 

Voir une similitude entre le livre le plus lu après la bible et le nouvel album de la musicienne wallonne peut paraître saugrenu, mais les faits sont là !

Il aurait été plus simple de souligner que le titre de cet album est la fleur de lys, meuble héraldique (1), symbole de Bruxelles (ville chère au cœur de Mélanie).

 

Une chronique n’est pas là pour être simple, mais se doit de présenter au mieux un CD.

 

 

 

Le recueil de sagesse poétique est vraiment un mode d’emploi pour le dernier album de celle souvent nommée la « Billie Holiday belge ».

Comme le héros du livre culte du XXème siècle, qui pendant douze ans s’est éloigné de chez lui dans la ville d’Orphalese, l’artiste belge a eu besoin d’une période d’exil de plus de trois ans pour venir présenter ses sons. Son dernier album Blackened Cities a marqué les esprits, puisqu’il est composé en tout et pour tout d’un seul morceau de 24 minutes 15 secondes. Les graines de Lilies y sont sous la forme de germes, éclosent en massif de fleurs dans le CD qui sort ce 15 octobre 2017.

 

Al Moustapha, le prophète  et Mélanie ont la même démarche de préparation et de métabolisation: « longs auront été les jours de douleur que j’ai passés entre ses murs, longues mes nuits de solitude » dit le sage, la chanteuse a subi une année de silence imposée par ses médecins suite à son infection pulmonaire contractée en tournée en Russie. Cette retraite explique peut être son choix d’enregistrement : « je voulais juste me retirer dans une grotte avec mon Pro-Tools, mon ordinateur et mon microphone Shure SM-58 bon marché. J'aurais pu aller dans un grand studio, faire une grande production - mais je ne voulais rien de cela - ». Elle voulait être juste dans une pièce où il n'y avait pas de lumière, pas de nuit ou de jour, pas de chaleur, et même si elle avoue avoir été par moment très mal à l'aise, elle s’y est sentie libre. 

Le sentiment de liberté est un des thèmes abordés par le prophète, qui confie aux habitants d’Orphalese venus le saluer alors qu’il repart chez lui : « Je vous ai vus vous prosterner aux portes de la cité et dans vos foyers, et vous vouer au culte de votre propre liberté, Comme les esclaves qui s'humilient devant un tyran et le louent, alors qu'il les anéantit ». Belle relativité de la notion de liberté, reprise par Mélanie dans « Your Freedom Is The End Of Me For you », « that freedom’s your goal But I’m telling you Your freedom is the end of me » (pour vous votre liberté est votre but mais je vous dis que votre liberté est ma propre fin). L’ambiance sonore de ce morceau est l’insécurité, le doute instauré par des notes égrainées au clavier. Tout le long du morceau, la ligne de basse, les chœurs et la rythmique à la batterie montrent la difficulté à définir sa propre liberté en respectant les autres, il faut attendre les derniers accords pour sentir un peu de sérénité.

 

Un autre thème abordé est la course incessante que mène l’homme pendant le jour et la nuit dans « Gold Junkies », une réelle lutte effrénée portée par le tempo rapide des percussions. « If you feel a breeze, it might be me I might pass this way to set free » (Sentir la brise peut être la solution à s’en libérer, et enfin partir) « I’m gone, I’m gone, I’m gone ». Le prophète conseille aussi le plaisir : « Le plaisir est un chant de liberté » et de travailler avec amour : « Et tout travail est vide, s’il n’y a pas d’amour »« car l’amour n’a pour seul désir que de s’accomplir, fondre et couler comme un ruisseau qui chante sa mélodie à la nuit ». La nuit est un moment qui a inspiré Mélanie dans un hôtel parisien, pour écrire « Sitting In The Stairwell », morceau où la rythmique composée de claquements de doigts, donne un coté street art, rappel indéniable de son dernier album Blackened Cities

 

Le fil conducteur des thèmes universels abordés par les deux artistes reste l'amour, « Let Me Love You » est un réel tourbillon de sons graves et de percussions où la chanteuse tient les notes pour souligner que : « (l’amour) vous bat pour vous mettre à nu » dixit le prophète. La piste ultime sur l’amour est « And My Heart Goes », le début du morceau rappelle les battements cardiaques, rythmique quotidienne des services de réanimations, mais le chant susurré de De Biasio, accompagné par ses parties de flûte, promènent l’auditeur dans des contrées à la limite de la science fiction. Ce n’est pas étrange que son morceau « I feel You » de son album No Deal ait été utilisé dans le teasing du film « Alien : Covenant ».

 

Vingt sept thèmes sont développés dans le livre de Khalil Gibran, Mélanie, elle, nous promène dans ses différents mondes d’un morceau à l’autre. « All My Worlds » est encore une piste où il y a peu de sons et encore moins de paroles, et pourtant le résultat émotionnel est garanti : étrangeté, tranquillité… 

 

Souhaitons à Lilies un succès aussi grand que le recueil de poèmes écrit en prose en 1923 et traduit en quarante langues. 

Pour information le live rajoute une dimension corporelle aux sons délivrés par l’écoute de l’album, tout comme la poésie rajoute aux mots de l’écrivain libanais une dimension supplémentaire. 

 

Voir la liste de ses concerts :
http://melaniedebiasio.com/shows/index.html

 

(1) En héraldique (2), on appelle meuble tout ce qui se place sur l’écu et qui n’est pas une pièce. 

(2) Science des armoiries. 

 

Mélanie De Biasio : voix, flûte - Pascal Mohy : piano - Pascal Paulus : claviers -
Dré Pallemaerts : batterie.

Le Label / [PIAS]

 

Jean-Constantin COLLETTO.

 

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