Black Magic: grimoire musical de Jason Miles.

 

Le titre du présent album instaure une écoute particulière. Sans affirmer la dimension cabalistique des compositions et arrangements, le producteur de jazz américain donne la raison du titre. "Toute ma carrière, en tant que claviériste/ programmeur synthétiseur, a évolué avec une certaine magie. J’ai donc décidé d’appeler l’album BLACK MAGIC". 

 

L’explication de Jason Miles semble incongrue au premier abord, mais l’écoute des dix pistes du CD éclaire sur l’occultisme de cette production.

 

 

La définition du terme "magie" de l’écrivain anglais Aleister Crowley : "La magie est la science et l'art d'occasionner des changements en accord avec la volonté", convient tout à fait à Jason Miles.
Ce compositeur producteur, né dans un des bastions du jazz -Brooklyn- n’a cessé d’aller de l’avant, il s’agit même de sa philosophie directrice. 

Ce forcené des claviers et des arrangements musicaux, chercheur intrépide, est très demandé, ce qui lui permet de se confronter à divers styles "J’ai appris que créer de la musique pop n’est pas aussi simple qu’il n’y parait". Sa soif de découverte le fait participer à un grand nombre d’enregistrements pendant une vingtaine d’années. Ses collaborations sont des plus prestigieuses : Miles Davis, Aretha Franklin, Marcus Milller, Diana Ross, Mickael Jackson, Withney Houston, Diana Krall...

 

Tout en jouant avec d’autres, il mène une carrière solo, qui bénéficie du résultats de ses recherches, Miles To Miles sorti en 2005 où il propose du Miles Davis par Jason Miles avec une virtuosité digne du prince du silence sans le copier. Dans 2 Grover, With Love de 2008, le claviériste rend hommage au saxophoniste Grover Washington entouré de grands musiciens : Chaka Khan, Mickael Brecker, Randy Brecker...

 

La définition de la magie par Aleister Crowley convient bien à la volonté de Jason Miles, qui veut toujours étudier et découvrir : "J‘ai toujours été curieux musicalement et je n’ai jamais eu peur d’acheter un disque que je ne connaissais pas, mais qui avait l’air intéressant".

Si, dans le monde de la magie, le grimoire est le recueil des formules écrites par des maîtres de cet art, dans la musique c’est sur le CD que les enregistrements sont gravés.

Black Magic semble être le recueil, annoncé par son compositeur comme nécessaire à sa propre progression. Adoubé par Herbie Hancock et entouré d’une équipe d’artistes confirmé, le "Quincy Jones de la musique contemporaine" propose dix pistes d’arrangements tout en finesse.

 

Le titre éponyme lance l’album sur une rythmique batterie- clavier-basse dynamique, rejointe par Philippe Dizack à la trompette et Jay Rodriguez à la flûte. La note est donnée, c’est  du jazz fusion de grande classe, surtout quand on apprend que plus de la moitié des morceaux ont été enregistrés en live au NuBLu à New York sans répétition. 

 

 

 

La reprise de "Jean Pierre" est grandiose, plus de onze minutes de ce grand standard où l’âme de Miles Davis est transcendée par le jeu de Reggie Washington qui surfe sur le thème joué par les cuivres ainsi que sur l’improvisation des différents musiciens. Le final de cette piste est digne d’un bouquet final du 14 juillet et rappelle que le célèbre trompettiste avait défini le claviériste de "touche à tout de génie".

 

Chaque piste de styles différents démontre la maîtrise des arrangements et des compositions, que cela soit "Kathy’s Groove" et "Wolfedelic" enregistrées en studio avec un effectif plus réduit mais tout aussi agréables et groovantes à l’écoute. Ou avec "The Other Side Of The World", morceau plus planant où Gen Lake à la batterie au fond du temps, laisse à ses compagnons le loisir d’accompagner l’auditeur en douceur dans un voyage sonore .

 

L’écoute de l’ensemble de l’album confirme la troisième loi de l’écrivain de science fiction Arthur Charles Clarke : "Toute technologie suffisamment avancée est indiscernable de la magie."

 

La magie est compagne de Jason Miles et Black Magic en est le grimoire.

 

 

Musiciens :

Jason Miles : piano, claviers - Philippe Dizack : trompette - Jay Rodriguez : saxophones, clarinette basse, flûte - Reggie Washington : basse électrique - Gene Lake : batterie - Jimmy Bralower : boite à rythmes (2) - Steven Wolf : boite à rythmes (5).

 

Label : Robeadope / distributeur Fat Beats.
Sorti le 06 mars 2020.

 

 

Jean-Constantin Colletto.

 

 

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