Diana Krall avec son nouvel album sensuel Turn Up The Quiet, propose onze scénarii de courts métrages à l’écoute.

En juin dernier, la chanteuse canadienne a confié dans une interview à la presse spécialisée «Je pense les chansons de manière cinématographique. Je me fais des petits scénarios à partir des paroles, je projette les scènes que j’imagine en couleur ou en noir et blanc» (1).

Il est habituel de demander aux musiciens de composer une BO en visionnant les images d’un film (tout le monde se souvient du chef d’œuvre crée par Miles Davis pour le film de Louis Malle«Ascenseur pour l'échafaud»). Aujourd’hui l’exercice proposé est contraire, créer des scénarii à l’écoute de Turn Up The Quiet.

 

 

Le thème de l’album est l’amour, Diana avait déjà en 2001 avec The Look Of Love repris des standards sur ce même sujet, mais depuis, mariée et mère de deux enfants, son interprétation a gagné en maturité; comme pour un grand cru, les années ont bonifié sa musique.

 

Les paroles de «I'm Confessin’ (That I Love You)», sont surprenantes. Elles rappellent la pièce écrite en 1978 par Jean Cocteau pour Edith Piaf Le Bel Indifférent, où une femme très éprise par son homme lui confesse son amour, tandis que lui ne répond pas, lit le journal et même, s’endort. L’amour qu’elle éprouve pour lui est immense alors que le bel indifférent reste muet.

Sans la douleur et la violence exprimées par Edith Piaf, Diana raconte un amour unilatéral sur une touche triste et mélancolique du violon de Stuart Duncan.

Marc Ribot aimerait apporter de la gaieté avec sa guitare, mais rien ne touche l’amoureux indifférent. 

Il est facile d’imaginer en 2017, l’amoureuse rentre le soir, impatiente de voir son être aimé, qui reste les yeux fixés sur sa console de jeux et ne la regarde même pas.

 

Autre lieu, autres personnes : le décor de «Sway» est une piste de danse. Dans un climat de sensualité comme Diana Krall en a le secret, un couple danse langoureusement, ils tanguent, se balancent, ils sont seuls au monde « Other dancers may be on the floor. Dear, but my eyes will see only you».
Progressivement le décor change, l’orchestre à cordes arrangé par Alan Broadbent les emmènent à Vienne au temps de Sissi impératrice, l’amour est intemporel.

 

Honoré de Balzac aurait pu illustrer «No Moon At All» par sa phrase écrite en 1842 «L'amour est toute ma force, il est le rayon céleste qui m'éclaire.»
Comme dans le film La la Land, les amoureux courent sur les hauts d’une ville endormie, une escapade au clair de lune «One kiss will make it clear» un baiser qui éclaire, comme le très beau duo entre Diana au piano et John Clayton à la contrebasse.

 

Maintenant, à votre tour, à vos casques et à votre plume pour écrire vos scénarii et pour les plus talentueux oser le «Très Court International Film Festival» qui se tient à Paris chaque année au mois de juin (coordonnées 01 43 49 62 46
contact@trescourt.com). Seul petit bémol, les films ne doivent pas excéder 3 minutes.

 

Diana Krall : piano, vocal – John Clayton : contrebasse – Stuart Duncan : violon - Christian McBride : contrebasse  – Jeff Hamilton : batterie - Tony Garnier : basse – Stefon Harris : vibraphone - Russel Malone : guitare – Marc Ribot : guitare - Karriem Riggins : batterie - Anthony Wilson : guitare.
Tony LiPuma : producteur (décédé le 13 mars 2017).

Verve/Universal music.

 

(1) JAZZ Magazine n°695 Juin 2017, page 9 (Antonin Nadjia).

 

Jean-Constantin Colletto. 

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