L’album Mo Jodi, lettre ouverte au Président par le groupe DELGRES.

 

Février 1954, Boris Vian écrit : «Monsieur le Président, je vous fais une lettre, que vous lirez peut-être, si vous avez le temps... ». Ce poème antimilitarisme, Le déserteur, provoque polémiques et interprétations, jusqu’à la reprise en 1983 par Renaud dans son album Morgane de toi.

 

Soixante quatre ans plus tard, le groupe Delgres sort Mo Jodi dont le titre phare est «Mr President». Même si le texte n’est pas une reprise du célèbre artiste écrivain parisien, le message politique véhiculé par l’album est aussi puissant.

 

 

Pas besoin d’aller bien loin chercher la tonalité du CD, le choix du nom du trio en dit long, hommage à Louis Delgrès, officier antillais mort le 28 mai 1802. Le colonel décide de se suicider avec ses 300 soldats plutôt que se rendre aux troupes napoléoniennes venues rétablir l’esclavage.

Tout comme, François Dominique Toussaint Louverture et Victor Schoelcher, le colonel antillais a été un défenseur important de la lutte contre l’esclavage, Delgrès a appliqué la devise de la révolution Française de 1789 encore visible sur le panthéon représentant la convention nationale « Vivre libre ou mourir ». 

 

Delgres le souligne dans «Mo Jodi» «Mourir aujourd’hui», où les paroles chantées par Pascal Danaë ne peuvent être plus claires : «Je ne peux pas vous laisser faire, non. Je préfère mourir aujourd'hui».

 

Ce groupe, qui a séduit le public le vendredi 30 mars 2018 au festival Banlieues Bleues, sort le 31 août 2018 l'album "MO JODI".

Les raisons de cet engouement sont bien sûr liées à la qualité de leur musique et de leurs compositions où la ligne de basse de l’ensemble de leurs morceaux est jouée par Rafgee au soubassophone. Mais  la réussite de l’album tient aussi d’appartenir aux chansons à thème, comme Boris Vian avec son poème.

 

Ainsi le trio rend ses lettres de noblesses à la musique, art qui n’est pas fait que pour distraire le public, mais qui permet de rendre hommage à un homme disparu, de demander des comptes à nos dirigeants «Misié pwézidan, Mwen pa konèt ayen, Mwen sé mizisien, Tout sa mwen pé fè sé chanté, Mè mwen voté baw, Mwen fèw la konfians ,Fo espliké mwen sa ou pé fè ban mwen : M. le Président, moi je ne sais pas, merde, je suis juste un musicien qui ne sait faire que chanter, Mais j’ai voté pour vous, placé ma confiance entre vos mains, Maintenant, pouvez vous nous expliquer ce que vous allez faire pour moi ?». 

Pascal Danaë demande à « ces messieurs qu’on nomme grands » (1) «Respecte Nou».

 

Cet album permet de redonner du pouvoir à la musique, comme le prix Nobel de la paix, Nelson Mandela le signale dans son livre sorti en 1996 « Un long Chemin vers la liberté » dans la phrase « La politique peut être renforcée par la musique, mais la musique a une puissance qui défie la politique ». 

 

 

Line up :

Pascal Danaë : voix, guitare dobro - Baptiste Brondy : batterie - Rafgee : soubassophone.

Invitée :

Skye Edwards : chanteuse (6).

Jazz Village /[PIAS].

 

(1) L’artiste Mouloudji, premier interprète du poème de Boris Vian Le Déserteur a demandé à l’auteur de modifier certaines paroles comme «Monsieur le Président» par «Messieurs qu'on nomme grands».

 

Jean-Constantin Colletto.

 

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