Jazz, Haïku et Nature : l’album de Cécile Andrée.

 

La phrase d’introduction du dossier de presse de Nature, annonce la tonalité de l’album: «Ce qui m’intéresse, c’est d’aller chercher des émotions. D’exprimer des sensations avec une économie de mots».

 

Il est donc tout à fait logique que Cécile Andrée ait recours au haïku, «une forme concise et codifiée de poésie japonaise, dont les vers sont inspirés par l’observation, les émotions intérieures, le temps qui passe ou l’évanescence du monde qui nous entoure ».

 

 

Ce type d’écriture japonaise datant du XVIème siècle produit des poèmes composés de trois vers, extrêmement brefs, qui retranscrivent la beauté fugace d'un instant de vie ; exprimant un sentiment éphémère mais fort.

Aux questions sur son rapport à ce style d’écriture, Cécile Andrée répond «Le haïku a été un point d'entrée, je n'ai pas une passion particulière pour le haïku, mais ils me touchent par leur simplicité, leur rapport direct à la nature, le côté brut. C'était un point de départ, un liant.... le haïku regroupe certains aspects que j'aime dans cette vie, la poésie, la nature, la simplicité.... Je me suis affranchie des règles, mais j’en ai respecté l'esprit, je crois».

 

L’écoute et la découverte de Nature devrait pouvoir répondre à la musicienne.

 

Les règles traditionnelles du haïku sont au nombre de trois : être composé de trois vers de 5,7 et 5 syllabes, donner une notion de saison (kigo) et comporter une césure (kireji).

 

La notion de saison est permanente dans l’opus, avec le printemps période où les plantes veulent atteindre la lumière jusqu’à la canopée dans «Canopy» sur la musique du regretté trompettiste bugliste Kenny Wheeler. L’arrangement ,introduit au piano puis rejoint par la vocaliste, invite l’auditeur à voler au sommet des arbres afin de «I aspire - Aspire to live - I aspire» (J'aspire - Aspirer à vivre - J'aspire à vivre).

 

 

Les césures se font de pistes en pistes. L’album propose à admirer comme un oiseau dans «Flying Around As A Bird », ou du sommet de la forêt avec «Canopy» les arrangements harmonieux de la vocaliste joués par les trois peintres impressionnistes que sont Ben Rando, Cedrick Bec, et Johanna Renaud.

 

Quant à la règle des 5,7 et 5 syllabes, les trois titres étiquetés haïkus : «Softly As A Rythme», «Let The Stone Fall» et «Entre Ciel Et Mer» sont diagnostiqués à cinq syllabes par les haijins «maîtres des haïkus» selon le livre «Haïkus Anthologie»  de Roger Munier.

 

Que Cécile Andrée soit rassurée, l’écoute des onze pistes de Nature respecte l’esprit des haïkus, qui tels les arts japonais : le Nô, le tir à l’arc, l’ikebana s’identifie au satori «l’illumination». 

 

Pour conclure cette chronique dans l’esprit de l’album :

 

Jets d'ombres musicales -

Sur l'écran de la nature !

De Cécile Andrée.

 

Musiciens :

Cécile Andrée: voix, composition et arrangements - Ben Rando: piano - Olivier Lalauze: contrebasse - Cedrick Bec: batterie - Johanna Renaud : violoncelle (1, 2, 8).

Label : Zen’artiste / France / Enregistré en avril 2018 au studio Eole à Aix en Provence France / Sortie le 15 mars 2019.

 

Jean-Constantin Colletto.

 

 

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