La 18ème édition du Festival Marseille Jazz des Cinq Continents a célébré les cent ans du jazz par un programme gastronomique, digne des plus grands chefs. 

Jean-Claude Gaudin, maire de Marseille, a comme le veut la tradition invité la presse le 5 avril 2017 pour fêter ce centenaire un peu particulier.

Il aurait pu commencer son discours par : Cher(e)…

Il est d’usage de dire et d’écrire «la commune fête son centenaire».
Mais cet orateur de grand vol connait la musique, il a accueilli chaleureusement son auditoire, tout en signalant chiffres à l’appui la très généreuse subvention allouée au festival (le plus gros budget culturel de Marseille). L'artiste Abdel Al Malik a rejoint Jean-Claude Gaudin, pour avec poésie qualifier le Festival Marseille Jazz de Cinq Continents (FMJ5C) d’écrin indispensable aux artistes. 

 

Le programme de l’édition 2017 du FMJ5C est enfin dévoilé. Sa 18ème édition a pour thème les «cent ans du jazz» (plus précisément les cent ans du premier enregistrement jazz par l’Original Dixieland Jazz Band en 78 tours, qui a eu lieu le 26 février 1917 à New York).

Les trois cents professionnels de la presse venus pour l’occasion, reçoivent la carte de ce menu gastronomique, chacun fait son choix pour que : de gastronomique, ce programme devienne menu gourmand (sinon l’indigestion guette).

Voici le menu gourmand de cet article.

 

En apéritif, une nouveauté créative venue de Birmingham «Sons of Kemet» avec leur leader Shabaka Hutchings, étoile montante de la scène anglaise au saxophone. Cette formation originale : saxophone, tuba et un duo de batterie, a mis le feu sur le toit de la Friche Belle de Mai, pendant un superbe coucher de soleil sur la cité. Chaises longues et Food Trucks étaient au menu pour ce concert gratuit et endiablé.

 

Pour mélanger les saveurs, car le jazz est cocktail, en entrée touche cubaine : le pianiste Roberto Fonseca. Les huit artistes de la Havane ont fait danser l’ensemble du public venu au Théâtre Silvain sur «Afro Mambo» morceau phare de l’album Abuc sorti en octobre 2016.

Hugues Kieffer, directeur délégué du FMJ5C, m’a dit dépité « je n’arrive jamais à faire lever les gens comme Roberto ».

Pour le trou normand :
Guillaume Perret, en espérant que le saxophoniste ne prendra pas ombrage de cette comparaison, mais sa prestation au MUCEM a redonné de l’appétit aux festivaliers prisonniers des interdictions de circuler et de stationner à Marseille, les quatre concerts du
FMJ5C ayant clôturé la magnifique épreuve du contre la montre du tour de France se déroulant dans la cité phocéenne.
Un coup de cœur pour la prestation de Guillaume, un véritable feu d’artifice de sons et de lumières, dont le live confirme l’ovation faite par la presse à la sortie de son album Free en septembre 2016.
A la fin de son concert de one man show, il est rejoint par les classes de jazz du Conservatoire National de Région de Marseille et de l’Institut Musical de Formation Professionnelle
 de Salon de Provence, pour présenter une création originale, un plaisir partagé par les musiciens et le public enthousiaste.

Mais avec Anna Popovic, le choix amène vers un réel plat de résistance, la bienséance demande de ne pas développer la description de sa robe de cuir et de ses talons aiguilles. Mais sa reprise de «Every Kind of people» est toujours aussi ravissante (non il y a aucune allusion à son physique !).


Deuxième plat de résistance, Imany, la chanteuse de Martigues. C‘était comme si les gens du Sud étaient venus voir la petite qui est partie il y a maintenant longtemps. Une belle émotion, le public était heureux, satisfait du retour de la fille prodige, le confirmant en reprenant en chœur sa version de «Bohemian Rhapsody» du groupe Queen.

 
Le dessert, aucune hésitation :

Georges Benson, accompagné de ses six musiciens, a toujours un toucher de guitare et une façon de scatter inimitables.

Les standards ont eu leur place, «Give Me The Night» et en bis le fameux «On Broadway» dont les paroles de circonstance :«Jamais s'arrêter jusqu'à ce que je sois une star. Sur Broadway» expliquent que le jazz est une histoire d’acharnement qui s’exprime par la création musicale et un surpassement de soi.

Et pour digestif : Tony Allen le pionnier de l’afrobeat, ce musicien a été le compagnon de Fela Anikulapo-Kuti comme batteur et directeur artistique de 1968 à 1978. Le parcours de cet artiste est le témoignage que le jazz est une musique engagée, par son groove, mais aussi comme Fela Kuti l’a prouvé par des revendications contre la corruption, la dictature et le pouvoir des multinationales. C’est en quartet que le batteur a proposé : Tribute to Art Blakey, car dans le jazz il est indispensable et fondamental de se rappeler des anciens. A noter dans cette formation Irving Acao le virtuose saxophoniste cubain, déjà remarqué le 5 juin 2012 au New Morning à Paris dans tribute to Miles Davis avec Jean-My Truong.

 

Cette édition du Festival Marseille Jazz des Cinq Continents a été un menu gourmand de célébration des cent ans du jazz. Il ne reste plus qu’à le savourer ! Mais l’équipe de FMJ5C nous allèche déjà avec le programme 2018; ah ! Ces Marseillais, ils craignent dégun (1).

 

(1) À Marseille, l’expression «On craint dégun» veut  dire «On ne craint personne». Encore plus fort, cette année (2017), le mot «dégun» a officiellement fait son entrée dans le dictionnaire Le Petit Robert.

 

Jean-Constantin Colletto. PHOTOS Olivier Farkas.