"Une soirée en l’honneur du piano" au 39ème Festival Jazz à Vienne.

 

Si le piano est un instrument important dans la musique jazz en 2019, cela n’a pas toujours été le cas.

 

Les premiers instruments de jazz étaient ceux présents dans les petites fanfares ainsi que dans les jazz-bands : cuivres, instruments à anches et batterie.

C’est grâce à Scott Joplin que le piano devient un instrument de jazz. Par le style ragtime, les compositions de ce pianiste servent de base à Marvin Hamlisch pour la musique du film l’Arnaque et ainsi promouvoir le piano jazz.

 

Depuis, Thelonious Monk, Oscar PetersonMc Coy Tyner, Chick Corea, Keith Jarrett, Herbie Hancock... ont permis au clavier de conquérir les lettres de noblesse qu’on lui connait aujourd’hui. 

C’est sans doute pourquoi, cette année le festival Jazz à Vienne lui a consacré une journée.

 

Photos (Jc Colletto). Yannic Seddiki Trio. Chassol. Gogo Penguin. Théâtre Antique Jazz à Vienne édition 2019. Le 29/06/2019.

 

Le jeudi 4 avril 2019, en conférence de presse, Benjamin Tanguy, directeur artistique du festival, accompagné du programmateur Reza Acbaraly, présentent "cette soirée autour de la déclinaison sur le piano". Trois concerts sont annoncés dans la scène du Théâtre Antique : une exploration musicale avec Christophe Chassol qui mélange les images et la musique, puis l’univers fusion jazz pop, du groupe anglais Gogo Penguin et enfin le célèbre pianiste canadien Chilly Gonzales, pour la première fois à Jazz à Vienne.

 

Le menu de la soirée s’annonce délectable, le festival Jazz à Vienne ne se résumant pas qu’au Théâtre Antique, la scène Cybèle de ce samedi 29 juin 2019, ouvre dès l’après midi et permet d’écouter en dégustant un excellent Burger spécial jazz au snack Cybèle, le groupe Yannic Seddiki Trio. Le pianiste et compositeur du groupe accompagné par ses deux compères, délivre une musique qui mélange savamment le classique et le modernisme, allant même jusqu’au hip-hop et la pop. 

 

Entre deux concerts, la conférence de presse avec Christophe Chassol menée par Cédric David de FIP permet de mieux comprendre l’univers du musicien. Ce dernier présente ses Ultrascores, c’est à dire des harmonisations musicales audiovisuelles. Son travail ressemble beaucoup aux recherches de John Cage dans les années 1950, Christophe Chassol cite le musicien américain "il n’y a pas de silence, cela nous force à écouter". Pour ces deux musiciens, tout est musique.

 

Enrichi de ces explications, la dégustation de la prestation créative de Christophe Chassol avec Mathieu Edward à la batterie est d’autant plus grande. 

 

 

 

Le message des deux compères est tellement fort que le soir même, certains auditeurs n’ont pu s’empêcher de se rendre sur le site web : http://myultrascore.com, afin de créer en ligne et partager sur les réseaux leur première "harmonisation du réel" dixit le dossier de presse du musicien.

 

 

Après une courte pause, un autre créateur arrive, Chilly Gonzales, show man, producteur et explorateur de styles très différents. Il est accompagné de Stella Le Page au violoncelle et Joe Flory à la batterie. Le compositeur canadien en peignoir et en pantoufles présente son Pianovision, une caméra filme en permanence les mains du pianiste sur le clavier, lui permettant d’expliquer et de montrer la différences et la similitude d’accords entre divers style de musiques : blues, classique, jazz. Le public est rapidement pris par le charme et le charisme du musicien et chante un long ostinato de quatre minutes proposé par le pianiste, au rythme de sa pantoufle droite qui bat la mesure.

 

 

Pour clôturer la soirée de la grande scène, un autre univers, celui de GoGo Penguin. Le début du concert : lumières bleues, scène masquée par la fumée d’ambiance, sans les musiciens , annonce le style Gogo Penguin. Le groupe est déjà venu au Club de Minuit du Festival Jazz à Vienne il y a plusieurs années.

 

Les introductions de leurs compositions au piano sont devenues leur marque de fabrique. Difficile à classer dans un style de jazz, la subtilité des compositions et de l’exécution de Chris Illingworth au piano, Nick Blacka à la contrebasse et Rob Turner à la batterie contamine l’ensemble du public. 

 

Faire une programmation autour d’un instrument, ici le piano, s’est révélée une idée à renouveler pour les prochaines années.
Alors rendez-vous pour la 40ème édition de Jazz à Vienne en 2020.

 

 

Jean-Constantin Colletto.