Quel est la potion magique du festival Jazz à Ramatuelle, pour garder la passion du jazz intacte après trente-deux éditions?

 

En 2017, on a recensé deux cent trente festivals de jazz en France. Chaque année, de nouveaux apparaissent, d’autres disparaissent, mais comme dirait René Goscinny, papa d’Astérix et Obélix, tous les festivals sauf celui d’une ville de moins de 2500 irréductibles Ramatuellois.

Un peu d’histoire maintenant, car souvent les origines expliquent la résistance de la lignée. C’est en 1986 que Jazz à Ramatuelle voit le jour. En ces temps-là, sans vouloir concurrencer Nice, Antibes ou Juan les Pins, beaucoup de festivals aujourd’hui internationaux comme le festival Marseille Jazz des Cinq Continents, n’existaient pas. 

Michael Wollny (Erwann Enizan)
Michael Wollny (Erwann Enizan)

La première édition a été humble (un seul mécène en la personne de Jean Marlaix, président de La Bagagerie), mais de qualité: le pianiste Martial Solal est programmé. Cette passion pour les pianistes est une des spécificités de Ramatuelle. Preuve en est, cette année sont venus: les pianistes Gauthier Toux en Trio, Claude Urtreger Quintet, Michael Wollny Trio et Yaron Herman Trio. Réunir les plus grands pianistes du moment, comment font-ils?

La raison de cette réussite n’est pas la potion magique de Panoramix.

 

La recette est une grosse dose de passion. Il faut voir les bénévoles, en tee-shirts rouges pour la version 2017, tous âges confondus, aller de part et d’autre, répondre au téléphone, placer les festivaliers, en gérant les repas des artistes…

Puis également une bonne dose de relation humaine et d’amitié. L’équipe est quasi la même depuis le début, sous la présidence de Denis Antoine qui ne se gêne pas pour interpeller le public bruyant alors qu’il présente les artistes et remercie les mécènes. 

En effet, ce festival doit sa réussite à sa dimension humaine; pas de dimension idéologique, pas de technique de management, la volonté de travailler en équipe est au centre des préoccupations, sans oublier la qualité des prestations; la station de radio TSF JAZZ ne s’y trompe pas, en diffusant la plupart des concerts en live.

Lisa Simone (Erwann Enizan)
Lisa Simone (Erwann Enizan)

Même si les pianistes sont les chouchous de la programmation, les autres jazzmen ne sont pas oubliés, cette année Lisa Simone dont le talent et la notoriété ne sont plus à prouver faisait partie de l’aventure, ainsi que Lou Tavano sextet. Les années précédentes ont été riches d’artistes plus brillants les uns que les autres : Kyle Eastwood, Roy Hargrove, Ahmad Jamal, Stanley Clarke, Monty Alexander…

Puis le dernier ingrédient indispensable, l’innovation; cette année : proposition d’un siège en carton ergonomique pour l’amphithéâtre et les activités autour du festival. 

Un festival OFF, gratuit d’accès avec des artistes et des groupes de qualité: Cissy Street, French Sumo…

L’exposition  « La couleur du jazz ! » de l’artiste Erwann Gauthier (créateur du « V » de cristal des victoires de la musique) qui depuis deux ans signe de son nom d’artiste Erwann Enizan les affiches du festival. 

Après la musique et l’art graphique, l’œnologie a aussi sa place à Ramatuelle, « Le Jazz et le Vin » a proposé des dégustations de crus classés des environs.

 

Les raisons de la réussite de Jazz à Ramatuelle ne sont donc pas un secret, mais pour les mêler et les accommoder, cela demande un doigté presque magique, afin de ne pas sombrer dans la sclérose et l’habitude, mais de toujours être sur la vague de la passion, indispensable à transmettre aux festivaliers.

 

Longue vie à Jazz à Ramatuelle!

 

Jean-Constantin COLLETTO. Visuels (Erwann Enizan).